La plainte la plus fréquente : on arrive vite au bout
Le problème le plus souvent signalé par les enseignants est un scénario épuisé bien avant la durée minimale. L’étudiant commande un café, l’IA le remercie, et il reste six minutes sans rien à faire. Ce n’est presque jamais un problème d’IA : c’est un problème de conception du scénario, et il se corrige.

Lemon dit : Une transaction se termine. Une situation se poursuit. Toute la différence est là.
Les quatre ingrédients
Les scénarios qui font durer une vraie conversation réunissent presque toujours les quatre mêmes ingrédients. Vous pouvez vérifier n’importe quel scénario à l’aide de cette liste en une trentaine de secondes.
- Un cadre : où cela se passe, de façon assez concrète pour qu’on se le représente
- Une relation : qui sont ces deux personnes l’une pour l’autre
- Un objectif : ce que l’étudiant cherche à accomplir
- Une complication : ce qui empêche que ce soit simple
Lemon dit : La plupart des scénarios faibles ont les trois premiers. C’est presque toujours la complication qui manque.
La complication est le moteur
Une complication, c’est tout ce qui empêche l’étudiant d’atteindre son objectif en un seul échange. Elle n’a pas besoin d’être spectaculaire : un petit obstacle entraîne plusieurs répliques de véritable négociation, et c’est exactement ce que vous voulez leur faire travailler.
Sans complication
L’étudiant commande un repas au restaurant. Vous êtes le serveur.
Durée réaliste : environ quatre-vingt-dix secondes. On commande, on confirme, c’est fini.
Avec une complication
L’étudiant commande un repas au restaurant. Vous êtes le serveur. Deux des trois plats que l’étudiant a le plus de chances de demander ne sont pas disponibles aujourd’hui, et la cuisine a vingt minutes de retard. Vous voulez que le client reste satisfait : vous proposez donc d’autres plats, vous expliquez ce qui est bon aujourd’hui et vous êtes prêt à négocier sur le délai, mais vous ne pouvez pas faire réapparaître par magie les plats épuisés.
L’étudiant doit maintenant poser des questions, comprendre les solutions de rechange, exprimer une préférence et négocier. Cela représente cinq à huit minutes d’usage réel de la langue.
Lemon dit : « Épuisé », « en retard », « pas la bonne taille », « on ne prend que les espèces » : de petits obstacles, et beaucoup de langue à la clé.
Un éventail de complications
Inutile de les inventer à partir de rien. La plupart des complications utiles relèvent de quelques schémas qui s’appliquent à presque tous les cadres.
- Pénurie : ce qui est demandé n’est pas disponible, il faut donc discuter d’autres options
- Contrainte : un budget, un délai, un régime alimentaire particulier, une taille qui n’existe pas
- Ambiguïté : le personnage a besoin de plus d’informations avant de pouvoir aider
- Légère résistance : le personnage a une autre préférence et le dira une fois
- Une deuxième tâche : autre chose survient et doit aussi être réglé
- Curiosité : le personnage s’intéresse sincèrement à l’étudiant et lui pose des questions sur lui
Lemon dit : La curiosité est la moins coûteuse et elle fonctionne partout. Un personnage qui pose des questions en retour double le temps de parole.
Donnez au personnage une envie
Une complication donne à l’étudiant quelque chose à faire. Un objectif pour le personnage donne à l’IA quelque chose à faire, ce qui compte énormément quand l’étudiant se tait. Un personnage qui a ses propres intentions comblera un silence de façon naturelle et fidèle à son rôle, au lieu de demander pour la quatrième fois « puis-je vous aider pour autre chose ? ». (L’IA ne prend la parole pendant un véritable silence que si vous activez Relancer après un silence à l’étape Scénario.)
Personnage qui a ses propres intentions
Vous êtes fier du plat de saison et vous voulez qu’au moins une table le goûte aujourd’hui. Le client vous intrigue aussi un peu : on voit peu de visiteurs dans ce quartier, et vous lui demanderez d’où il vient si l’occasion se présente naturellement.
Deux moteurs : quelque chose à vendre, et quelque chose qui éveille la curiosité. L’IA a désormais toujours une carte à jouer quand la conversation s’essouffle.
Lemon dit : C’est la solution au problème « l’IA repose sans cesse la même question ». Elle se répète parce qu’elle ne veut rien d’autre.
Adaptez l’ampleur à la durée
Calibrez le scénario sur la durée de séance définie dans Informations de base. À titre indicatif : un sujet permet environ deux minutes de véritable échange au niveau Intermédiaire, et un peu moins au niveau Novice, où les répliques sont plus courtes et les pauses plus longues.
- Séance de 3 minutes : un objectif, une petite complication
- Séance de 5 minutes : un objectif, une complication et un personnage qui pose une question à l’étudiant
- Séance de 8 à 10 minutes : deux objectifs liés, ou un objectif qui se déroule par étapes
Lemon dit : Si vous fixez un minimum de dix minutes, esquissez ce qui se passe entre la sixième et la dixième minute avant d’attribuer l’activité.
Un exemple complet et détaillé
Voici la même activité à trois niveaux de qualité, pour que vous voyiez à quoi ressemble concrètement la différence dans le champ.
Version 1 : sommaire
L’étudiant est à la pharmacie et achète des médicaments.
Aucune relation, aucun objectif au-delà d’« acheter », aucune complication. La conversation s’essoufflera immédiatement.
Version 2 : meilleure
L’étudiant est dans une pharmacie de quartier. Il est enrhumé et a besoin de quelque chose pour se soigner. Vous êtes le pharmacien. Interrogez-le sur ses symptômes avant de lui recommander quoi que ce soit.
Il y a maintenant une raison de parler : décrire ses symptômes. Mais la conversation risque encore de se terminer en trois minutes.
Version 3 : tient toute une séance
L’étudiant entre dans une pharmacie de quartier avec des symptômes de rhume. Vous êtes le pharmacien de service. Avant de recommander quoi que ce soit, vous devez savoir quels sont ses symptômes, depuis combien de temps il les a et s’il prend déjà autre chose. Le produit le plus efficace dont vous disposez nécessite une ordonnance : vous devrez donc expliquer ce que vous pouvez proposer sans ordonnance et à quoi cela sert. Vous pensez aussi qu’il devrait consulter un médecin si cela ne va pas mieux d’ici trois jours, et vous le lui direz. S’il semble hésiter sur la posologie, expliquez-la-lui clairement, étape par étape.
Un objectif (être soulagé), une complication (le meilleur produit nécessite une ordonnance), une intention du personnage (recommander de consulter un médecin) et une deuxième tâche intégrée (expliquer la posologie). De quoi remplir sans peine huit minutes.
Lemon dit : La version 3 a peut-être demandé quatre minutes de rédaction supplémentaires. C’est toute la différence entre une activité que les étudiants terminent et une activité qu’ils abandonnent.
Une liste de vérification avant de terminer
Passez en revue ces cinq questions. Si ce que vous avez écrit vous permet de répondre à toutes, le scénario tiendra la route.
- Est-ce que je me représente le lieu physique ?
- Est-ce que je sais ce que l’étudiant cherche à accomplir ?
- Y a-t-il une raison pour que cela prenne plus d’un échange ?
- Le personnage veut-il quelque chose pour lui-même ?
- Si l’étudiant restait silencieux dix secondes, le personnage aurait-il quelque chose de naturel à dire ?
Lemon dit : La dernière est le vrai test. Si vous ne pouvez pas y répondre, l’IA non plus.

